Pourquoi la sculpture plutôt qu’un autre art plastique ?
Léonard de Vinci plaçait la peinture au-dessus de la sculpture en la qualifiant de « cosa mentale », or je me sens plus manuel qu’intellectuel. Je suis content de réaliser quelque chose de mes mains. La peinture sollicite la vision. La sculpture sollicite la vision et le toucher. Je regrette qu’elle ne fasse pas de musique par-dessus le marché.

Pourquoi la taille directe plutôt que le modelage ou l’assemblage ?
Je modèle aussi, généralement des esquisses, dont je tire des bronzes « portatifs ». Parfois, il me suffit d’un petit croquis très succinct avant d’attaquer un bloc, même très gros.
La taille directe consiste à ôter de la matière jusqu’à ce qu’on décide que la sculpture est terminée. Les « repentirs » sont exclus. Chaque coup de ciseau est un acte irrévocable. En cela, la taille directe ressemble à l’improvisation musicale; quand une note est jouée, on ne peut pas revenir en arrière. Avant de commencer le travail, il faut « voir » le sujet à l’intérieur de la matière. On prête à Michel-Ange ce propos L’ange est dans le bloc de marbre ; il ne reste plus au sculpteur qu’à enlever le marbre qui est autour de lui .

Pourquoi des sujets « naturalistes » comme les animaux ou les paysages ?
Très préoccupé, comme beaucoup de mes contemporains, par le sort que l’humanité réserve à la nature, j’évoque les animaux, les paysages et les milieux naturels. C’est ma façon de m’émerveiller - autant que possible comme un enfant - devant un monde menacé. Il s’agit d’un choix drastique; éviter l’expression directe de l’affect, de l’érotisme et de la comédie humaine.
Mon travail est suscité par l’admiration, le sentiment philosophique par excellence. La forme brute, non chargée d’affect, de l’admiration ne peut s’adresser, selon moi, qu’à la nature.

Pourquoi sculpter des matériaux naturels plutôt qu’utiliser des produits industriels ?
Les matériaux naturels tels que la pierre et le bois ont leur propre beauté ; leur texture, leur couleur, leur contact sont séduisants. L’œuvre profite de cette séduction. Ces matériaux se présentent avec une forme, une personnalité façonnée par la nature :
- pour la pierre, sédiments, cristaux, érosions par l’eau ou le vent
- pour le bois, nœuds, cernes de croissance, parties ravinées par la pluie, creusées par les insectes ou altérées par les champignons.
La nature a déjà partiellement sculpté le bloc ; le sculpteur n’a plus qu’à poursuivre le travail de la nature.

Quel rapport y a-t-il entre vos dessins et vos sculptures ?
L’originalité de la taille directe provient d’un paradoxe : c’est en ôtant de la matière, donc en créant du vide, que l’on donne vie au plein. Cette dialectique du plein et du vide s’applique à mes dessins. La touche d’encre noire sur le papier blanc se substitue à l’éclat de pierre ou au copeau de bois ; pas de repentir possible comme dans la taille directe.

Alain-Courtaigne - portrait

Propos d’Alain Courtaigne sur son œuvre,
recueillis par Julia Andreone